Dharma exposé
Bhante Ananda: Affronter la peur
Stage des 16 et 17 janvier 2010 aux Voies de l’Orient
Traducteur de l’anglais en français: Ms. Merlino Milena
Introduction
La peur est un rejet intense de quelque chose/quelqu’un qui est ressenti comme un danger. La peur est donc basée sur la haine. Parfois, ce danger peut être réel ou alors conceptuel. Par rapport à cela, REFLECHIS ET VOIS ! La peur concerne toujours l’avenir (même si la cause peut se situer dans le passé). Quand l’événement est passé, elle n’est plus. La metta (rayonnement d’amour bienveillant) est l’inverse de la peur.
Ce que nous avons créé comme confort dans nos vies et nos sociétés vient de la peur (ex : la peur d’avoir froid, de manquer de quelque chose). La religion vient aussi de la peur. Ce sentiment de sécurité que nous pouvons connaître par le confort dans nos vies est en fait né à partir du sentiment d’insécurité.
Dans les petites choses de la vie, il y a des peurs sous-jacentes : nous avons peur de devoir faire face à tel ou tel problème. De cette manière, ce sentiment d’insécurité s’est infiltré peu à peu dans nos habitudes et, progressivement, il est entré dans notre caractère. Et même lorsqu’il n’y a pas de danger, nous continuons parfois à avoir peur : cela devient par moments instinctif.
Il existe une peur qui est positive, c’est « la peur morale », c’est-à-dire la peur de faire quelque chose de mal qui puisse faire du tort à nous-même ou aux autres. Si nous n’éprouvons pas cette peur positive, nous ne vivons pas comme des êtres humains.
Les 3 types d’activités
Il existe 3 types d’activités : les activités corporelles, verbales ou mentales (ces dernières comprenant également les rêves pendant le sommeil). La vie est, en réalité, une succession d’activités. A tout moment, nous interagissons avec un objet (mental, sensoriel – ex : un bruit – ou autre). A chaque fois que cela se produit, nous prenons, analysons et jugeons. Nous faisons cela à chaque instant. De ces 3 types d’activités, ce sont les activités mentales qui sont les plus fortes car les activités corporelles et verbales en découlent.
La plupart des activités viennent de l’intention : ex : l’intention de penser à ceci, l’intention de dire cela. L’intention, c’est le karma, c’est-à-dire « ce qui a le pouvoir de produire un résultat ». Le karma est le « générateur » de notre vie. Le résultat, c’est la « situation » dans laquelle se trouvent notre corps, notre mental : ex : le bonheur, la souffrance,…Pour que notre corps perdure et continue, il a besoin de nourriture, d’air, mais aussi du mental et de conditions karmiques.
Chaque activité, chaque chose a son principe émanant de nature « bonne » ou « mal-saine ». Ainsi, ce qui s’enracine dans l’avidité, la haine et l’ignorance produit des actes « mal-sains » et ce qui s’enracine dans leur contraire, c’est-à-dire la générosité, l’amour / compassion et la sagesse (qui sont les racines saines) produit des intentions et des actions qui sont bonnes.
Lorsque l’on n’est pas en train de produire une action, on est en train d’expérimenter un résultat.
Les 3 racines malsaines et la peur
Dès que l’on pose un acte (avec le corps, la parole ou l’esprit) à partir de motifs négatifs, cela augmente notre peur. Toute personne qui fait quelque chose de mal, qui commet une activité « mal-saine » plante en même temps une graine de peur.
Il existe 3 racines « mal-saines » ou impures : la haine, l’avidité et l’ignorance.
La haine
Parmi ces 3 racines, la haine est la plus visible et évidente. La haine crée la peur : si on déteste quelqu’un, il se peut qu’il nous haïsse en retour.
Par exemple, si quelqu’un conçoit une arme en cherchant à en faire l’arme la plus efficace pour tuer, il aura peur en pensant que d’autres pourraient également avoir une idée similaire à son égard et pourraient donc chercher à le tuer. Inconsciemment, lorsque nous sommes impliqués dans un processus de violence, l’idée que « cela pourrait m’arriver aussi » germe en nous. Si on prend quelque chose qui ne nous appartient pas, on peut commencer à craindre que d’autres fassent de même avec nos affaires. Nous doutons alors des autres parce que nous doutons de nous-même.
Le bavardage futile à l’égard d’une tierce personne peut créer un sentiment d’insécurité. Dans ce type d’action, on peut parfois dire des choses fausses ou exagérer certains faits (ou les minimiser injustement), on peut générer ainsi des opinions au sujet des autres. Cette négativité verbale peut générer de la peur dans la mesure où nous pouvons imaginer également que d’autres pourront faire de même à notre sujet.
Faisons un test : lorsque nous détestons quelque chose ou quelqu’un, que détestons-nous EXACTEMENT ? Si nous méditons bien profondément, nous verrons que ce qui nous dérange, ce que nous détestons, ce n’est pas vraiment l’objet de cela, mais bien la sensation désagréable qui nous habite et nous perturbe à ce moment. Or, cette sensation est en nous ! Elle n’est pas dans l’autre ou dans l’objet concerné. Ce sont ces vibrations désagréables que nous détestons. En d’autres termes, nous détestons NOTRE propre sensation désagréable (et non l’autre personne ou l’objet).
L’avidité
A tout instant, nous sommes connectés à l’un ou l’autre sens. Si l’avidité apparaît à travers l’un de nos sens, il y a la peur de perdre ou de ne pas obtenir cette chose qui nous est agréable.
L’avidité surgit avec le goût et l’attirance pour quelque chose alors que la haine surgit avec le dégoût et le rejet de quelque chose. Quand nous éprouvons une sensation agréable, cela crée de l’avidité pour cette sensation et pour l’objet qui en est la cause. Si nous nous attachons à l’objet, la peur (de le perdre) augmente. Peur et attachement se renforcent donc mutuellement. Lorsque nous éprouvons une sensation désagréable, cela crée de la haine et du rejet pour cet objet.
L’avidité est un peu plus profonde que la haine. Quand l’avidité est justifiée par le besoin, elle est moins facilement discernable. Nos sociétés de consommation nous amènent à penser que l’avidité est une chose positive et l’esprit peut donc ainsi en devenir esclave ; il peut devenir esclave de ce que nous voulons. Nous perdons alors notre liberté. Ex : Il n’y a rien de mauvais à manger des mets savoureux, mais il n’est pas bon d’en devenir esclave (car si nous venons à en manquer, nous serons malheureux). Si on prend des intoxicants, on sème la graine de l’insécurité.
La convoitise est une forme d’avidité particulièrement forte : elle peut amener notre esprit à imaginer que nous possédons quelque chose alors que nous ne le possédons pas dans les faits. C’est notre mental qui le possède alors.
L’agitation mentale comporte un aspect d’indécision : l’esprit a décidé de s’attacher à un objet car il pense qu’il va en retirer quelque chose de gratifiant et comme ce n’est pas le cas, il passe à un autre objet avec lequel se produit la même chose, etc. L’agitation mentale se réduirait si nous décidions de prendre le temps d’examiner un objet. L’indécision et la confusion apparaissent avec l’agitation mentale. Et lorsque nous sommes dans la confusion, la peur apparaît. Quand il n’y a pas de décision par rapport à un objet, la crainte apparaît.
L’ignorance
L’ignorance contribue également à la peur sous beaucoup de formes. L’ignorance, c’est ne pas connaître la réalité ou encore avoir une connaissance erronée de la réalité (ce qui peut également être le cas lorsque l’on a connaissance partielle de la réalité). C’est la racine la plus profonde des 3 racines mal-saines ou impures.
Qu’est-ce qui fait donc que notre esprit vagabonde constamment d’une idée à l’autre et que nous ne soyons donc pas dans l’instant présent ? En fait, cela se produit parce que nous nous arrêtons à mi-chemin dans la démarche. Nous pensons à un objet en attendant que cela nous procure une satisfaction ; et comme nous n’y trouvons pas cette satisfaction, nous nous arrêtons à mi-chemin et passons à une autre pensée. Le mental n’est dans ce cas plus « intéressé par l’objet » ou alors, il ne le comprend pas. Ce sentiment de non-compréhension, c’est l’ignorance. L’ignorance peut elle-même devenir une addiction et nous pouvons être satisfait de notre ignorance. Une telle situation crée de la confusion, des doutes, de la distraction en nous.
Ego et ignorance
Nous éprouvons de l’attachement pour notre corps et notre esprit, nous identifiant à ceux-ci en croyant qu’ils sont « Moi » ou qu’ils sont « à moi ».
L’ignorance par rapport à nous-même, c’est ne pas savoir exactement ce qu’est le « je » ou encore créer ce « je ». Le « je », l’égo (= l’image que nous avons fabriquée de nous-même et à laquelle nous donnons une réalité) vient de l’ignorance. En fait, à un moment, la réalité conventionnelle, la réalité de nos concepts est devenue tellement dense que le « je » est apparu.
Mais qu’est-ce qui nous donne pourtant l’impression que nous avons affaire à une même personne à chaque fois ? C’est la « production conditionnée », c’est-à-dire la relation de conditionnalité. Celle-ci fait que les éléments physiques et mentaux sont en changement, mais il y a entre eux une certaine connexion ou influence.
Toute peur se base sur notre ego. Nous voulons prendre cette image de nous-même et l’insuffler aux autres. Cela peut avoir pour résultat que nous nous sentons offensé si quelqu’un nous fait une remarque devant quelqu’un d’autre. Prenons l’exemple de notre patron au bureau qui nous ferait une remarque alors que nous sommes seul avec lui, ou alors que nous sommes avec un ami proche ou encore devant notre propre enfant. Si nous sommes seul, cela nous affecte moins ; si cela se passe devant un ami, nous nous sentons plus vexé. Pire encore si cela se produit devant nos propres enfants pour qui nous sommes vraiment une personne de référence. L’image de nous-même que nous mettons dans la tête de notre ami et de notre enfant est différente. Ces images sont fragiles et peuvent se briser à tout moment. Cela fait que nous avons peur de ce que les autres peuvent penser à notre propos. C’est pourquoi, moins nous construisons des images de nous, moins nous portons de fardeaux.
Nous construisons également des images d’autres personnes et nous pouvons ainsi rabaisser les images des autres, parfois pour nous valoriser. Cela crée craintes et peurs.
Comment aider les autres lorsqu’ils créent une image d’eux-mêmes ? (Réponse à une question posée) Il faut d’abord être patient car la personne peut refuser ce que nous allons lui dire. Il ne faut alors pas nous laisser gagner par la déception. Si la personne est plutôt de type analytique, il faut lui expliquer les choses de façon analytique. Si elle est plutôt émotive, il faut lui parler par le registre de l’émotion. L’important est de lui montrer clairement que « ça », c’est la réalité et « ça », c’est l’illusion. Mais il faut parfois revenir à la charge et parfois y aller avec des mots durs. Certains ont besoin de mots durs. Dans ce cas, il faut que notre motivation soit basée sur la compassion. Parfois, il faut montrer les choses à travers une action.
Comment faire pour que dans la méditation nous ne créions pas d’image ? Il faut méditer sur un objet réel, des sensations réelles. Il faut rester en contact avec les sensations réelles et le corps.
Affronter ou surmonter la peur
Eviter la peur (autres que la peur morale) ne signifie pas que nous devons nous exposer à un accident, un danger ou en être victime. Ce dont nous avons besoin face à un risque d’accident ou à un danger, ce n’est pas de la peur, c’est d’une « habileté » à y faire face, à les éviter. Si nous ne savons pas comment faire face à une telle situation, la peur peut venir et il faut donc, pour gérer au mieux cela, entraîner notre esprit à un niveau fondamental pour ne pas se laisser désarçonner.
Il y a des outils pour surmonter la peur et c’est à nous de les utiliser.
Les bons moyens d’existence (=avoir un travail qui ne nuit pas aux autres comme la vente d’armes, par exemple) : ils permettent d’éviter la peur. Par ailleurs, il n’y a pas de mal à avoir de l’argent ; mais l’important est d’en avoir en ayant pleinement conscience que l’état de richesse peut se terminer.
Se réjouir : Il est bon de contempler le caractère précieux du moment que l’on vit : ex : on peut se réjouir d’être en bonne santé, en vie, etc. De même, si l’on prend de la joie à voir la joie chez autrui, cela nous aide à dépasser nos peurs. Sinon, la jalousie se développe. La jalousie, c’est être malheureux quand un autre est heureux. Entraînons-nous dans la rue : si nous voyons quelqu’un qui est heureux, réjouissons-nous et souhaitons-lui d’être encore plus heureux. Avec une telle attitude, nous donnons beaucoup. Si nous donnons plus que ce que nous attendons, les soucis diminuent ! Pour quelqu’un qui donne, il n’y a pas de peur ! Il y a une puissance dans la bonté et il y a alors une absence de peur.
N’attendons pas trop des autres, sans quoi nous sommes sûr d’être déçu et de ne pas avoir ce que nous voulons. Personne n’échappe aux critiques. Le Bouddha lui-même subissait des critiques. C’est la nature du monde. Acceptons-le et soyons préparé en étant plein d’amour et de compassion. N’attendons pas toujours des éloges. Ne nous rendons pas dépendants des encouragements extérieurs. Nous avons suffisamment de forces en nous. Dépendons donc de nos forces intérieures ! Si les autres nous apprécient, prenons-le comme un « extra » ! Si cela vient, tant mieux et sinon, tant mieux aussi ! De la sorte, nous ne serons pas blessé lorsque les autres nous critiquerons.
Paresse et confiance en soi : Si nous éprouvons de la paresse face à une tâche et si nous décidons alors de ne pas la faire, à la longue, nous allons entretenir l’idée en nous que « nous ne sommes finalement pas fait pour ça ». Le risque est alors de générer un manque de confiance en nous. C’est une grande perte que de perdre confiance en nous car la peur peut alors s’infiltrer.
Actions négatives, humilité et pardon : Les actions négatives nous mettent dans les griffes de la peur. Ainsi, si nous faisons du mal à quelqu’un, nous craignons que cette personne nous en fasse en retour. La peur peut également s’étendre à l’égard de l’entourage de cette personne dont nous craignons également des représailles. Parfois, nous allons même jusqu’à imaginer des choses (tellement nous sommes tendus et inquiets) : ex : nous entendons le téléphone sonner et nous nous demandons si c’est précisément cette personne qui nous appelle.
Face aux actions négatives, il y a différentes étapes :
1°) reconnaître l’action négative que nous avons commise : c’est la sagesse
2°) se dire (ou dire à l’autre) qu’on ne le fera plus. C’est aussi la sagesse car ainsi, nous devenons humble. On peut donc présenter nos excuses. Et que l’autre nous pardonne ou non, ce n’est plus notre problème.
3°) il est également important de se pardonner à soi-même. Le remords n’est pas une solution. C’est une activité mentale qui est également négative. L’important est de se donner alors de l’amour à soi-même ainsi que du courage et de poser d’autres actes. Si on peut rectifier ce que nous avons fait, nous le faisons. Si ce n’est pas possible, nous nous disons que nous ferons une bonne action par la suite.
Il faut savoir qu’aussi longtemps que nous ne sommes pas parvenus à la perfection, nous commettrons des erreurs ! C’est normal. Si nous posons des actes positifs, nous nous réjouissons et nous pouvons nous encourager à en poser d’autres par la suite. Cela réduira grandement les effets des actions négatives qui seront ainsi « diluées » dans le positif. Posons donc beaucoup d’actions positives pour diluer le négatif ! Par ailleurs, cela doit être fait aussi tôt que possible car plus nous attendons, plus nous souffrons. Et cela ne sert à rien de nous punir. Comprendre et changer est beaucoup plus intéressant que la punition. Tout ceci nous donnera du courage moral, ce courage qui vient du dedans de nous-même. Toutes ces choses faites ainsi avec sagesse réduiront la peur.
C’est parce que nous pouvons nous corriger que l’Eveil est possible. Nous pouvons grandir à partir de l’endroit même où nous nous trouvons dans la vie. Et ça, c’est l’espérance !
Raisonnement : Il faut faire attention à nos états d’âme. Quand on est submergé par les émotions, il est bon de s’interroger à ce propos. De même, se souvenir d’une chose négative introduit de la négativité en nous. Quand le souvenir d’une expérience négative vient, nous commençons à paniquer et cela peut déjà se déclencher à partir d’un simple objet, un son…qui nous rappellent cette expérience négative. Il arrive que nous ayons peur de choses qui se sont produites dans des vies antérieures. Cela peut même être un son. Parfois, ces effets sont exagérés et cela peut devenir une phobie. Dans la réalité, les choses ne sont pas ainsi, c’est notre mental qui les a en fait exagérées. Dans d’autres cas, il s’agit de choses expérimentées dans des rêves. Nous pensons parfois que ces rêves sont réalité. On continue ainsi à projeter ces peurs à différents degrés et c’est ainsi que nous éprouvons des peurs « pour des raisons inconnues ». Un raisonnement correct peut nous aider à en sortir car ces peurs sont créées pour certaines raisons. La clarté est donc ce qui nous permet de ne plus avoir peur. Raisonner a du pouvoir ; prenons donc les choses en main et demandons-nous : pourquoi cela est-il arrivé ? pourquoi est-ce que je réagis ainsi ? C’est une manière de surmonter la peur.
Méditer : Une autre manière de surmonter la peur, c’est d’aller plus profondément dans ces expériences. Parfois, raisonner ne suffit pas pour faire disparaître la peur. Certaines peurs sont profondes. Certaines expériences de vie surgissent au moment de la mort et quand nous mourons avec cela, ces peurs subsistent dans la nouvelle naissance. Comment les surmonter ? Comment surmonter les expériences très effrayantes dans cette vie ? Parfois, en effet, les émotions sont plus fortes que l’intelligence et sont aveugles. Dans un tel cas, nous avons besoin de la méditation sur ces sensations : que sont ces sensations ? Elles sont des résultats qui montent en nous. Quand une sensation difficile se présente, on réagit généralement par le rejet. Mais chaque fois que nous réagissons ainsi, nous renforçons cette réaction. Quand la peur surgit, il y a une sensation dans le corps qui apparaît et nous réagissons à nouveau : on crée encore plus de rejet par rapport à cela, plus de haine. Nous devons alors observer la sensation : il faut la laisser venir, l’observer et la laisser aller. Si c’est désagréable, reconnaissons que c’est désagréable. Laissons-la venir même fortement : il n’est pas besoin d’en avoir peur. Prenons-la telle qu’elle vient et demeurons équanime, sans haine ni attachement. C’est en comprenant, tout simplement que l’on peut avancer : la sensation vient, passe et alors, on peut déraciner les choses. Si nous réagissons par le rejet, cela se multiplie et se renforce. La sensation difficile ne peut pas rester car la nature même de la sensation est passagère : elle changera. De cette manière, nous travaillons à un niveau très profond. Après plusieurs fois, nos réactions s’atténuent et la peur diminue également. Viendra un jour où elle aura disparu. Si nous avons peur, allons donc à nos sentiments, nos sensations et observons la peur dans notre corps. Laissons-la venir. Observons-la et laissons-la passer. Avec le temps, nous sentirons un soulagement. C’est ce que le Bouddha appelle « la Voie du Milieu ».
Courage et confiance : Quand on dépasse nos peurs, on peut en retirer plus de force et de courage. C’est une expérience très humaine que le Bouddha lui-même a faite. Si la peur venait au Bouddha alors qu’il était debout, il l’affrontait debout ; s’il était assis, il l’affrontait assis. Quand le Bouddha vivait une peur, il se disait que cette peur avait une raison d’être et il l’affrontait. Il est important dans un tel cas de faire confiance à notre propre force. Aucune des causes de la peur n’est extérieure. Les causes sont à l’intérieur de nous. Seuls les problèmes peuvent venir de l’extérieur. Mais la réaction face à ces problèmes dépend de nous.
Nous avons beaucoup de forces. Cela se voit rien que par le fait que nous sommes nés « êtres humains ». Cela suppose un grand mérite du passé. Nous sommes le produit du bien que nous avons fait dans le passé : cela devrait nous donner confiance.
Le pouvoir des petits changements : Dans certains cas, nous ne pouvons rien faire. Ex : le système économique mondial. Il faut accepter d’être pris dans ce courant. Dans la crise actuelle, la motivation de départ était mauvaise (= racine mal-saine) : c’était en réalité de faire davantage de profits que d’autres et ce n’était pas basé sur le bien de tous. Il ne suffit pas d’opter pour la simplicité volontaire. Il faut planter celle-ci dans des racines positives. Nous sommes tous responsables de ce système économique. Toute l’humanité est prise dans ce cycle. On ne peut pas épingler l’une ou l’autre personne comme responsable, même de grands entrepreneurs. Nous-mêmes participons à ce système. Cela crée de la peur. Il faut nous préparer à cette crise économique et ses conséquences. Gandhi, quant à lui, était pratique : il proposait de tisser ses propres vêtements ! Il faut en tout cas penser aux alternatives. Il ne faut pas être effrayé, mais plutôt préparer autre chose. Beaucoup de choses intéressantes se passent à ce niveau dans le monde : la nécessité est souvent la mère de l’invention ! Nous devons penser que tout changement positif est important, aussi petit semble-t-il. Ainsi, si un avion change sa trajectoire d’un tout petit degré, cela l’amènera dans une direction tout à fait différente.
Metta : La metta peut grandement aider à surmonter la peur. Si on sait que l’on n’a de haine pour personne, c’est une grande force. Cela même nous protégera de la peur. Si la metta est vraiment forte, même les dangers qui viennent ne nous affecteront pas. Nous devons cultiver la puissance de la metta !
Le pouvoir de la bonté
Lorsque le Bouddha voyait un animal dangereux s’approcher de lui dans la forêt, il se demandait : « Ai-je fait quelque chose de mal ? ». Comme il répondait par la négative, la peur disparaissait.
L’action négative est une force, mais l’action positive est encore plus forte que cette dernière. Le pouvoir de la bonté est beaucoup plus fort que celui de la méchanceté. Ainsi, Gandhi, par sa seule attitude, est même parvenu à ébranler l’empire britannique ; il a obtenu l’indépendance de l’Inde.
Si quelqu’un agit mal, cela veut dire que cette personne est « malade ». Or, quelle attitude devrions-nous avoir face à une personne malade ? On éprouve généralement de la compassion. Dans un tel cas, on peut conseiller la personne. Si cette personne n’écoute pas, nous pouvons lui donner un conseil de façon plus « sentie ». Sinon, nous devons parfois poser un acte plus fort. Dans le cas d’un délinquant, nous sommes parfois même amenés à faire appel à la police. L’important est alors de le faire avec compassion. Notre intention n’est pas de lui faire du mal, mais de corriger cette personne. La compassion n’est pas une faiblesse, c’est une force. Nous pouvons poser un acte dur à partir de la compassion : ex : Si un enfant veut mettre sa main dans le feu et qu’il n’écoute pas les parents qui cherchent à l’en empêcher, il faut l’éloigner de façon très ferme du feu. Cela peut être mal ressenti par l’enfant, mais les parents le font pour son bien. Par contre, se mettre en colère ne résout pas le problème : il y a déjà face à nous une personne qui a commis une erreur, nous ne devons donc pas rajouter une seconde erreur en nous mettant en colère contre elle.
Il nous faut avoir confiance dans la bonté. Certains disent que pour vivre en sécurité, il faut tuer « les mauvais ». On tue aussi des animaux pour cette raison. Il faut trouver une façon de dire : « Je reste en vie et toi aussi ». Nous avons peur et nous justifions parfois ainsi la violence. Nous n’avons donc à ce moment pas une réelle conviction du pouvoir de la bonté. Il faut penser d’une autre manière pour trouver des solutions.
Le véritable amour amène au sacrifice : quand ton amour est profond, tu es prêt à te sacrifier davantage et tu attends moins. L’expression de l’amour est une attitude mentale profonde.
A travers la sadhana (= la pratique), on développe la sagesse et à travers seva (= le service), on développe la compassion. La compassion est une façon de rendre ce que nous avons reçu. Nous recevons tellement dans ce monde où tout le monde est interdépendant.
Peur et méditation
Les 4 champs de méditation sont le corps, les sensations, l’esprit (ou mental) et les causes.
Pendant la méditation assise, laissons le souffle venir comme il vient. Laissons l’observation venir comme elle vient.
La réalité du corps et de l’esprit est simple : leur réalité, c’est le changement à chaque instant. Si nous voyons cette réalité, nous allons alors plus profondément et une nouvelle sagesse surgit : si nous nous attachons, nous pouvons tomber dans la souffrance ; et si nous observons et lâchons prise, nous sommes libre de la souffrance. En allant plus profondément, nous verrons que le corps et le mental sont conditionnés l’un par l’autre et ce, d’un moment à l’autre : c’est cela la sagesse.
Plus on comprend la nature du corps et de l’esprit, plus nos doutes disparaissent. Les doutes sont de grands obstacles. C’est le cas lorsque nous doutons de nous, de nos capacités.
Notre corps est conditionné à tout moment par notre esprit et vice-versa. On peut séparer corps et esprit, mais uniquement par la méditation profonde. L’Eveil permet de savoir exactement ce qui est corps et ce qui est esprit. Dans ce moment d’Eveil, corps et esprit sont séparés.
Dans la méditation, nous entraînons notre esprit à se poser sur un objet à la fois. Par ailleurs, l’esprit, le mental peut être lui-même un objet de méditation. On peut ainsi remarquer que l’esprit est avide ou généreux ou que le mental est agité ou calme. Par la méditation, nous laissons le mental penser ce qu’il veut, mais nous restons dans l’observation. Si nous observons de la sorte, l’agitation se calme et nous en revenons peu à peu à un mental concentré. Il est important d’identifier clairement les états mentaux malsains et d’en identifier les causes (de même que les états mentaux positifs). Si nous avons identifié les causes (malsaines), nous pouvons alors travailler à les affaiblir.
Dans la méditation plus profonde, il n’y a plus « moi » et « l’autre ». Il n’y a plus que de la metta. Il n’y a plus de distinction entre moi et les autres. Il y a du pur amour.
Beaucoup de choses peuvent se produire en méditation. On se sent parfois perdu et il faut alors faire plus d’efforts de conscience et de concentration. Il faut de la constance et de la conscience. Si l’esprit n’est pas concentré, la peur peut s’infiltrer.
Silanussati est une méditation intéressante et très efficace. Il s’agit du souvenir de nos actions (physiques, verbales et mentales). Nous pouvons ainsi le soir nous repasser en mémoire les actions de la journée et voir si telle action était bonne ou mauvaise. Si on le fait jour après jour, on verra peu à peu nos actions se modifier. C’est une méditation efficace pour apprendre peu à peu à avoir conscience de nos actions lorsqu’elles apparaissent.
Il n’y a pas de bonne ou mauvaise méditation. Parfois nous avons l’impression que notre méditation est mauvaise parce que l’esprit vagabonde, mais en fait, cette notion de bonne ou mauvaise méditation n’a pas de sens. Rien que le fait de s’asseoir et d’essayer de méditer, c’est déjà une bonne chose !